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Premier mai, fête des travailleurs

Savez-vous que le 1er mai est né aux Etats-Unis? L’occasion de revisiter la littérature prolétarienne américaine, en compagnie de Grace Lumpkin et d’Alice Béja.

Premier mai, fête des travailleurs

Savez-vous que le 1er mai est né aux Etats-Unis ? L’occasion de revisiter la littérature prolétarienne américaine, en compagnie de Grace Lumpkin et d’Alice Béja.

Les Éditions Aux forges de Vulcain sont en effet très fières de publier la première traduction française de Notre règne arrivera, de Grace Lumpkin, une des éminentes romancières prolétariennes américaines.

« En 1929, le déclenchement d’une grève dans une usine textile de Caroline du Nord mobilise nombre d’intellectuels proches du Parti communiste américain. La romancière Grace Lumpkin (1891-1980) se rend sur place et s’en inspire. S’inscrivant dans la veine “prolétarienne”, un courant littéraire que John Steinbeck illustra avec son chef-d’oeuvre Les raisins de la colère (1939), son premier roman Notre règne arrivera, publié en 1932 et prix Gorki en 1933 (la suprême récompense littéraire soviétique), décrit la lente émergence d’une conscience de classe à travers le destin de la famille McClure. Paysans des montagnes des Appalaches, Grand-Père, sa fille Emma et sa progéniture luttent chaque hiver pour survivre. Saisissant l’occasion du rachat de leur terre, ils échangent la faim contre l’épuisement physique devant les machines à tisser. L’intention démonstrative est évidente mais n’alourdit pas la fresque qui possède une réelle grâce.[…] » (Julie Clarini, Le Monde daté du 23 mars 2012)

Cette traduction, tout comme la traduction de Un rêve de John Ball de William Morris, manifestent un intérêt soutenu des Éditions Aux forges de Vulcain sur les usages descriptifs et prescriptifs, dans la politique, de la littérature. Et puis, quoi de plus naturel, pour des vulcains, que de s’intéresser au travail et aux travailleurs ?

A l’occasion du premier mai, les forges vous proposent, après un rapide rappel des origines américaines du premier mai, une présentation du roman de Grace Lumpkin, par sa traductrice, Alice Béja.

Origines du premier mai

(source : Wikipedia)

Aux États-Unis, au cours de leur congrès de 1884, les syndicats américains se donnent deux ans pour imposer aux patrons une limitation de la journée de travail à huit heures. Ils choisissent de débuter leur action le 1er mai parce que beaucoup d’entreprises américaines entament ce jour-là leur année comptable, et que les contrats ont leur terme ce jour-là.

C’est ainsi que le 1er mai 1886, la pression syndicale permet à environ 200 000 travailleurs d’obtenir la journée de huit heures. D’autres travailleurs, dont les patrons n’ont pas accepté cette revendication, entament une grève générale. Ils sont environ 340 000 dans tout le pays.

Le 3 mai 1886, une manifestation fait trois morts parmi les grévistes de la société McCormick Harvester, à Chicago. Le lendemain a lieu une marche de protestation et dans la soirée, tandis que la manifestation se disperse à Haymarket Square, il ne reste plus que 200 manifestants face à autant de policiers.

C’est alors qu’une bombe explose devant les forces de l’ordre. Elle fait un mort dans les rangs de la police. Sept autres policiers sont tués dans la bagarre qui s’ensuit. À la suite de cet attentat, cinq syndicalistes anarchistes sont condamnés à mort (Albert Parsons, Adolph Fischer, George Engel, August Spies et Louis Lingg) ; quatre seront pendus le vendredi 11 novembre 1887 (connu depuis comme Black Friday ou « vendredi noir ») malgré l’inexistence de preuves, le dernier (Louis Lingg) s’étant suicidé dans sa cellule. Trois autres sont condamnés à perpétuité.

En 1893, la révision du procès reconnaît l’innocence des huit inculpés ainsi que la machination policière et judiciaire mise en place pour criminaliser et briser le mouvement anarchiste et plus largement le mouvement ouvrier naissant3.

Sur une stèle du cimetière de Waldheim, à Chicago, sont inscrites les dernières paroles de l’un des condamnés, August Spies :

« Le jour viendra où notre silence sera plus puissant que les voix que vous étranglez aujourd’hui »

Supplément de programme

Les Éditions Aux forges de Vulcain vous proposent une présentation du roman socialiste de Grace Lumpkin, Notre règne arrivera, écrit en 1932, traduit par Alice Béja en 2012. Enregistré en décembre 2011 à la Halle Saint-Pierre, à Paris, à l’occasion de la librairie éphémère, tenue par les Éditions L’Oeil d’or.

Présentation du livre

Alice Béja, traductrice de Notre règne arrivera de Grace Lumpkin, présente le roman.

« Le visage des fermiers américains dépossédés de leur terre, poussés à l’exode, transportant toute leur vie dans des camions brinquebalants en route vers la Californie, a été immortalisé par les photographies de Dorothea Lange et les œuvres de John Steinbeck. Le destin des « Okies », venus de l’Oklahoma, du Kansas ou du Colorado, est ainsi devenu emblématique de toute une période, la Grande Dépression, et de tout un peuple.

Mais les fermiers du Dust Bowl, cette région du centre des États-Unis ravagée, au début des années 1930, par des tempêtes de poussière, ne furent pas les seules victimes de la crise. Dans le domaine agricole, la dépression avait commencé bien avant le krach de Wall Street ; l’exode rural, depuis le début du siècle, obligeait de nombreux fermiers dont les terres avaient été rachetées par de grandes compagnies à quitter leur campagne pour aller travailler en ville, dans les usines. C’est cette autre migration que décrit Grace Lumpkin dans Notre Règne arrivera, publié en 1932, celle des fermiers pauvres des Appalaches devenus ouvriers dans les usines textiles de Caroline du Nord. À travers le destin de la famille McClure, elle fait le portrait de ces pauvres Blancs du Sud des États-Unis, attachés à leur terre, à leur religion et à leur communauté, qui, attirés par la ville, nouvel Eldorado où leurs enfants pourront enfin recevoir une éducation et progresser dans l’échelle sociale, se retrouvent enchaînés à leurs machines et traités comme des bêtes de somme.

Le roman de Lumpkin est un roman prolétarien, influencé par le réalisme social qui prit son essor dans les cercles littéraires américains proches du parti communiste au début des années 1930 ; il remporta le prix Maxime Gorki, et fut salué à sa parution par de nombreux critiques communistes qui virent dans cette œuvre la preuve que l’Amérique de la Grande Dépression était mûre pour la naissance d’un art issu du prolétariat, qui montrerait la vie des classes populaires et donnerait chair à l’espoir d’une révolution socialiste. Lumpkin, en effet, ne se contente pas de dépeindre les conditions de vie des fermiers déracinés. À travers les personnages de Bonnie et de John McClure, elle montre comment, malgré la misère et l’abrutissement, certains parviennent à acquérir une conscience politique, à se mobiliser pour tenter, collectivement, d’améliorer leur sort.

La grève décrite à la fin de Notre Règne arrivera prend pour modèle un mouvement d’ouvriers du textile dans l’usine Loray, à Gastonia, en Caroline du Nord, en 1929, qui donna lieu à une vague de mobilisation de la part de nombre d’intellectuels et d’écrivains. Grace Lumpkin elle-même, qui travaillait à l’époque pour New Masses, mensuel proche du parti communiste américain, se rendit à Gastonia pour couvrir la grève, et y recueillit une grande partie des informations qui constituèrent les fondations de son premier roman.

Mais qui connaît Grace Lumpkin aujourd’hui ? Peu de gens, même aux États-Unis. Elle fait partie de ces auteurs dont les œuvres sont tombées dans les oubliettes de l’histoire littéraire, enterrées lors de la « chasse aux sorcières » menée par le sénateur McCarthy à la fin des années 1940. On pourrait dire, ironiquement, que Lumpkin elle-même s’est faite le fossoyeur de sa postérité. Comme nombre d’écrivains, d’artistes et d’intellectuels de cette génération, elle a été violemment déçue par le communisme, et s’est employée, à partir de la fin des années 1930, à dénoncer avec virulence tous ceux qui avaient succombé à ses promesses, allant jusqu’à trahir ses anciens camarades auprès du FBI. Cherchant à retrouver ses racines, elle s’est réfugiée dans la religion, a quitté New York pour retrouver son Sud natal, et a renié les œuvres de sa période la plus engagée.

Le roman qui a fait sa réputation mérite néanmoins d’être lu aujourd’hui. Bien que sa visée politique soit clairement affirmée, Notre Règne arrivera se démarque de certains excès de la rhétorique prolétarienne, en particulier à travers la place qu’y tiennent les femmes. Comme d’autres auteures de la période, Lumpkin va à l’encontre de la caricature du prolétaire, figure souvent présentée comme nécessairement masculine, caractérisée par sa virilité tant sexuelle que politique, pour mettre l’accent sur le rôle des femmes – à la fois mères et ouvrières – dans les luttes syndicales de la fin des années 1920. Notre Règne arrivera est une œuvre engagée, profondément ancrée dans son époque, qui plonge le lecteur au cœur d’un destin collectif à travers les douleurs et les peines de la famille McClure, et lui dépeint la violence des luttes politiques aux États-Unis dans les premières décennies du 20e siècle.

Ces luttes, le roman les fait vivre, il nous les fait partager, et nous engage, surtout, à ne pas les oublier. » (Alice Béja)