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Une interview de Brian Conn

Brian Conn vit, enseigne et écrit en Californie. Pour la parution des Étoiles fixes en français, son traducteur lui a posé quelques questions.

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AB : C’est ton premier roman : peux-tu nous parler un peu des débuts du projet ? As-tu commencé avec une idée claire de l’ensemble ou est-ce venu peu à peu ?

BC : J’ai d’abord écrit la première section, avec la voix du vieil homme. Presque immédiatement, j’ai ajouté ce qui est maintenant la section 1.3, qui établit la voix des enfants. Ces deux passages ont été écrits dans le cadre d’un atelier d’écriture. Je les ai écrits, je ne savais pas quoi en faire, j’en ai conclu que j’avais terminé, que c’était juste une ébauche de nouvelle sans conclusion. Mais les gens qui l’ont lu m’ont dit que je n’avais pas terminé, alors j’ai écrit de nouvelles pages, puis encore d’autres et ainsi de suite. Pour moi, l’ensemble est sorti de ces deux premières parties, donc d’une certaine manière tout était déjà là au début – mais en écrivant j’allais aussi de surprise en surprise. J’ai sans doute commencé avec une idée claire du livre qui ne s’est révélée que peu à peu, comme le jus de raisin commence avec une idée claire du vin.

 

AB : Certains des premiers lecteurs à qui j’ai parlé ont décrit ce livre comme une « dystopie ». Personnellement, je ne trouve pas le monde que tu décris plus effrayant, ni plus dysfonctionnel, que le monde dans lequel nous vivons. Qu’en penses-tu ?

BC : Certaines personnes m’ont dit le trouver effrayant. Personnellement, je ne le trouve ni effrayant ni dystopique, et si je devais choisir entre vivre dans ce monde ou vivre dans le monde des  Étoiles fixes, ce ne serait pas un choix facile. Mais une des choses que je voulais pour ce livre, c’était que chacun puisse le voir différemment. Je l’ai déjà comparé à un jeu de tarots : il y a une série d’images, et chacun peut voir qu’elles sont liées, mais comment ? – elles sont leur propre langage, d’une certaine façon. Est-ce que le langage est effrayant ? Par certains aspects, sans doute. On peut raisonnablement être effrayé par le langage, et par les Étoiles fixes.

 

AB : J’ai traduit le livre et donc je l’ai lu plusieurs fois, et pourtant même la dernière fois j’ai encore trouvé de nouveaux liens entre les différents parties de l’histoire, comme si je n’avais pas encore terminé de construire une chronologie stable des événéments. Est-ce qu’il y a une telle chronologie stable pour toi, ou est-ce que le récit est plus ouvert ? Est-ce que ça te dérange si les lecteurs ne comprennent pas tout à la première lecture ?

BC : J’ai pensé à la chronologie de la même manière qu’à certains points de grammaire où il faut se souvenir des parties précédentes d’une phrase – je ne sais pas si ça existe en français. Des aspects mécaniques de la langue dont une certaine partie « comptable » de l’esprit se souvient, mais qui n’influencent pas véritablement les décisions qu’on prend. Je sais que certaines sections du livre doivent se situer chronologiquement avant certaines autres, certaines sections doivent se situer après d’autres, et certaines sections sont indéterminées.. Mais je crois qu’il y a aussi certaines sections qui doivent se situer chonologiquement à la fois avant et après certaines autres. En d’autres termes, le temps n’est pas vraiment important, ou plutôt il est important en tant que principe organisateur, dans la même mesure que d’autres principes organisateurs fluides, comme l’âge, le sexe et l’espace.